En jetlag, sans les fuseaux horaires…

Never STOP walking!!

Never STOP walking!!

 

J’ai toujours entendu dire que lorsqu’on revenait d’un voyage lointain, avec plusieurs fuseaux horaires traversés, et donc, en décalage horaire, « on récupère une heure de décalage par jour »… En général, donc, au bout d’une semaine, le décalage horaire est passé ou presque. Et bien je peux affirmer que ce n’est pas tout à fait pareil pour les retours du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Je dirais même que jusque-là, pour ce qui me concerne, la règle est inversée : « on se décale un peu plus à chaque nouvelle journée qui passe »… Explications.

 

Il y a dix jours, je suis donc rentrée chez moi. Passé le journée du 9 juillet et ce retour entouré, l’accueil chaleureux de mes amis à la gare Montparnasse (encore merci les filles et les gars!), passé la soirée énergisante qui a suivi, le réveil du dimanche a été moins chaleureux. En quelques mots, je dirais que je me suis réveillée dans un environnement qui ne me parlait plus de moi, à commencer par mon environnement direct : chez moi, l’appartement où je vis.

Ça fait drôle, et cela n’était que le début des décalages.

Mon premier réflexe a été de me retourner et de me rendormir… Une heure plus tard, je rouvre un œil, puis le second, pour me rendre compte que le décalage est toujours là. Et chez moi, il venait surtout du fait que je trouvais cet appartement bien trop rangé (ça fait sourire ceux qui me connaissent bien, j’en suis certaine), sans vie, et finalement sans moi.

 

La claque!

 

Le reste du décalage vient de l’environnement « tout-court » : le quartier où j’habite, les habitudes que j’avais, les lieux où j’aimais aller, où j’aimais me promener ou visiter.

Je suis sortie faire mes courses, rapidement, ce dimanche matin, et je me suis sentie égarée dans la supérette en bas de chez moi, puis énervée par la boulangère qui sert les clients « à la chaîne », en omettant les politesses d’usage du type « bonjour » et « au revoir ». « A Paris, ma pauvre! Que de banalités! », me dira-t-on. Des banalités, sans doute, mais des banalités avec lesquelles je savais jusque-là cohabiter, sans que cela ne m’interroge, et qui, pour le moment, me pèsent…

Ensuite, j’ai passé la limite du pâté de maison, et suis allée un peu plus loin que la rue d’à côté. J’ai ainsi passé la semaine dernière à observer. Observer le quartier, les gens, ce qu’ils font, où ils vont, ce qu’ils disent ou se disent en pêchant ici ou là des bribes de conversations. Et je me suis demandée dans quel monde j’étais revenue.

J’ai vu ces gens dans les bureaux, en me disant que je ne voulais pas y retourner, je ne voulais plus de cela.

J’ai entendu ces conversations sur la dernière mode et j’ai vu ces gens avec tous ces paquets tout droit sortis des magasins parisiens, et je me suis demandée à quoi cela pouvait-il bien servir. (Non pas que je ne sache plus à quoi sert un vêtement, mais c’est plutôt à quoi sert d’acheter pour être à la mode).

J’ai regardé les vitrines et les cartes des restaurants, et j’ai senti le décalage après mes deux mois vécus chichement, et pourtant bien vécus.

 

Moralité : la question qui me revient le plus souvent depuis dix jours, c’est « à quoi ça sert? » ou « pour quoi faire? »… Après être partie deux mois avec presque rien, mais tout ce qu’il faut pour vivre malgré tout, je ne comprends pas à quoi sert le « plus ».

 

LA CLAQUE!

 

Pour le moment, je ne cherche pas tant à répondre à toutes ces questions, qu’à vivre ces décalages pour en tirer ce vers quoi j’irai. Après. Bientôt. Je laisse reposer, décanter, on verra ce qui reste au fond et ce qui remonte finalement. Et je pense à ce panneau croisé sur le Chemin, quelque part entre Villar de Mazarife et Hospital de Orbigo : « Never STOP Walking!! »… Le Chemin continue.