« Ensemble, c’est tout »

C’est l’histoire d’un belge, d’une australienne et de deux parisiens qui se retrouvent il y a trois jours au « Pain de Sucre », le bar-tabac de Monistrol-d’Allier qui n’a d’exotique que son nom. Pas de caipirinha, pas de samba au fonds des gorges de l’Allier, mais un petit coin chaud (c’est tout ce qui compte quand on vient d’essuyer une averse de grêles dans la descente accidentée) où on cause entre pèlerins :
-« Tu la sens comment, toi, la montée vers Saugues? Il est midi.
-Moi, je continue. J’ai réservé à Saugues.
-Pas envie de m’arrêter là.
-I’ll carry on too ».
Depuis le matin, déjà 14 km, et pour aller à Saugues, c’est 12 km de plus tout en montée, pas de gîte annoncé pour écourter, et ça commence par une sortie de Monistrol dont le dénivelé est à faire pâlir un pèlerin.
Nous sommes donc partis à petits pas, tels des tortues, avec nos sacs à la place de la carapace. Des tortues bleue, orange ou verte… On a avalé les 7 premiers km, contents d’être ensemble pour se motiver, tant dans les montées que lorsqu’on perd le balisage du GR65 et qu’il faut faire demi-tour (…). Les 5 derniers km nous ont semblé interminables. Et on arrive « sur les genoux » à Saugues, mais dans la bonne humeur.
Tellement de bonne humeur que le lendemain, on se donne rendez-vous pour l’étape suivante, pour affronter la neige et le froid. Mais la neige et le froid, ensemble.

 

Malgré les -1 degrés au départ (et guère plus ensuite), le vent fort, la neige et la pluie verglaçante (je suis formelle : pas de muguet en Margeride cette année pour le 1er mai…), nous avons cheminé, discuté, et ri, ri, et ri encore. Le rire réchauffe, le cœur et le reste.

Nous avons ri en arrivant dans ce corps de ferme où nous avons recupéré Laars, un suédois qui demandait des « bocadillos » au paysan hirsute devant tant d’affluence dans sa grange. N’empêche que le paysan nous a servi un chocolat chaud providentiel et délicieux.

Le bec sucré du 1er mai

Le bec sucré du 1er mai

Nous avons ri encore en discutant Eurovision sur le Chemin (ABBA vs. Marie-Myriam… Suspens insoutenable…), en philosophant tout l’après-midi dans une chambre surchauffée une fois arrivés à l’étape.

 

Nous avons encore marché tous les 4 aujourd’hui, mais nous savons déjà que demain sera un autre jour. Qu’importe, ces moments font désormais partis de nos chemins.

Ensemble, c’est tout, et c’est déjà beaucoup.

 

[NDLR : j’inaugure ici une rubrique « fait marquant de la journée ». Attention : anecdotes croustillantes en perspective… 😉 ]

Fait marquant de la journée :  dans la montée du Villeret-d’Apchier, hier, on s’est fait doubler par un gars qui courait sur le Chemin avec un sac à dos de 4 kg à vue de nez (suis devenue spécialiste du pesage de sac « à vue de nez »…). Sur le coup, on n’y a pas cru (et on a ri…) mais nous ne rêvions pas : ce gars tout vêtu de lycra vert fluo fait bien le Chemin de Compostelle en courant (?!).

 

Un 1er mai en Margeride

Un 1er mai en Margeride