Je remercie mon producteur… Et mon agent.

Ma Compostela.

Ma Compostela.

24 heures plus tard, on reprend ses esprits, et on atterrit!

Je disais donc qu’hier matin, je suis arrivée à Saint-Jacques de Compostelle.

Depuis quelques jours, passé le kilomètre 100, le chemin avait des airs de « parcours du cœur » : un monde fou, tous habillés comme s’ils allaient courir le marathon de New York, évidemment un sac à dos de 2 kilos histoire de dégoûter les pèlerins endurcis (les vrais, qui ont dans les jambes quelques centaines de kilomètres), et surtout, LE signe distinctif, c’est le port de la coquille Saint-Jacques (avec la croix de Saint-Jacques, rouge, dessus) autour du cou en mode « Saint-Bernard, sauveur des montagnes ».

Hier, c’est donc dans cette foule que je suis arrivée sur la fameuse Place do l’Obradoiro. En entrant dans Saint-Jacques, au début, on suit les flèches comme toujours, et puis à un moment, on traverse une rue et on rentre dans la vieille ville. Et c’est là qu’on oublie les groupes tout de Quechua fluo vêtu autour de soi : c’est là qu’on aperçoit les flèches de la cathédrale. Moi, ça faisait déjà quelques rues que je sentais ma gorge se serrer. Une fois les flèches aperçues, il fallait que j’aille sur cette place, « pour en finir », pour me libérer de cette tension qui montait depuis 1 heure…

Une fois arrivé sur la place, on se demande tous un peu ce qu’on fait là, je crois. Voilà ce vers quoi on avance depuis des centaines de kilomètres : vers cette place. Bon, ben maintenant qu’on y est, on fait quoi??? On se regarde un peu perdu, on regarde autour de soi, et puis les kilomètres montent doucement dans la gorge et je réalise, un peu.

J’ai alors réalisé que je suis partie il y a 63 jours ; que j’ai marché tous les jours, parfois 11 kilomètres seulement, et jusqu’à 32 kilomètres d’autres jours, mais tous les jours ; que j’ai comme ça parcouru plus de 1 500 kilomètres, parfois en ayant mal, parfois en pleurant, parfois en étant joyeuse et souriante, parfois en étant lassée et en ne voyant pas le bout de l’étape, parfois en marchant en pleine conscience du moment particulier, mais toujours en étant convaincue que mon choix d’être partie sur le Chemin était le bon.

 

Une fois qu’on a réalisé tout cela, que la gorge s’est desserrée dans les larmes, on retrouve quelques connaissances du Chemin, certaines croisées il y a quelques jours, et d’autres perdues de vue depuis la France, depuis plusieurs semaines, voire depuis Le Puy pour certaines (!!). On ne s’était pas revu, et pourtant, on n’était pas si loin sur le Chemin. Ça reste un peu magique de revoir ici des pèlerins croisés avant les Pyrénées.

 

Et après? Après, il y a quelques « devoirs du pèlerin » à accomplir. Pour ma part, je suis allée à la messe, histoire de finir le Chemin à Saint-Jacques comme il a commencé au Puy. La seule différence, c’est que la messe est en espagnol, et que je ne comprends rien pendant 1 heure. Mais j’ai vu le fameux encensoir, le Botafumeiro, valser dans la cathédrale. Deuxième rendez-vous de pèlerins :  avec ma créanciale pleine et une crédenciale en cours,  j’étais fin prête pour aller « faire contrôler » mes tampons pour obtenir ma Compostela (mon « diplôme de pèlerin ») avec mon prénom inscrit en latin (« Mais y’a une erreur dans mon prénom?! », « Mais non : c’est du latin. », « Ah! Ben ouais… Évidemment… Hihi… ») et je me suis offert en plus un « certificat de distance » qui notifie mon parcours depuis le Puy à 1 515 kilomètres (au lieu des 1 522 inscrits au Puy… Diantre! Où sont donc les 7 km de différence?!).

Mais où sont cachés les 7 km manquant???

Mais où sont cachés les 7 km manquant???

 

J’avais prévu un petit discours pour saluer le moment où on me remettrait mon diplôme, comme quand on reçoit un prix ou une statuette. Je l’ai gardé sous le coude, juste pour vous :

 

(raclement de gorge, voix claire mais émue)

« Je suis un peu surprise d’avoir reçu  ce diplôme, car… (hésitation)… Je ne m’y attendais pas (…?!?!…).

Je n’ai ni producteur, ni agent, alors à la place, je souhaitais à tout prix remercier chaleureusement… Mes pieds, sans lesquels rien n’aurait été possible. Même si quelques tensions ont pu se faire sentir entre moi et le 3ème orteil de mon pied gauche, nous avons finalement réussi à marcher ensemble, y compris ces 500 derniers kilomètres plus douloureux, et je lui en suis très reconnaissante.

J’ai une petite pensée émue pour mon fournisseur officiel, Quechua, mon short déjà recousu plusieurs fois car en cours de décomposition, et les gens qui ont réfléchi au modèle de poncho « pèlerine », toujours trop court en cas de pluie, mais c’est comme tout : on s’habitue à avoir les jambes trempées, même couvertes…

J’oublie sûrement des remerciements, et m’en excuse… Merci encore pour ce diplôme pré-imprimé, pareil à tous les autres, qui salue les efforts à l’huile de genoux et de chevilles… »

 

Le gars du bureau des diplômes s’en fichait, de mon discours… Pfffff!

 

 

Fait marquant de la journée : je suis déjà repartie sur les chemins… Vers Finisterre. Parce qu’à Santiago, il règne comme une ambiance de « fin de chemin » très contagieuse, qui fait sentir que plus on traîne, plus repartir sera dur ensuite. Hier, j’ai donc pris une bonne dose de farniente qui regonfle les batteries (bar, resto, shopping… c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas! ?) et ce matin, je suis repartie sans trop traîner, au risque de ne jamais voir l’océan…

 

PS : le blog et les dessins, ce n’est donc pas fini non plus! Il y a encore Finisterre et au retour, j’aurai encore quelques petites choses à partager!…?