Le creux avant les Pyrénées.

Je suis à J-2 du passage des Pyrénées, 30 jours pile après mon départ du Puy-En-Velay. Et avant les Pyrénées et la grimpette qui fait frémir tout le monde, cette semaine aura été une semaine de gros creux.

 

J’avais parlé des deux jours de pluie dans le Gers. Et puis a suivi une journée dans les champs de maïs, qui s’est achevée par 2 km le long d’une ancienne voie ferrée, puis 5 km le long d’une nationale en arrivant à Aire sur L’Adour. Là dessus, une soirée dans un gîte avec un petit groupe dont un dépressif du Chemin qui fait ce « Camino de merde à l’envers, pour être sûr de ne pas croiser le lendemain les gens qu’il a rencontré la veille » ont eu raison de moi et surtout de mon moral. Quelle ambiance?!

Alors bien-sûr, sur le Chemin, c’est comme sur le chemin de la vie : on rencontre de tout, des personnages de tous les ordres. Ces rencontres font parti du Chemin comme elles font parti de la vie. Ce que j’en retiens, c’est que j’ai toujours du mal à m’en prémunir, d’abord. Mais la bonne nouvelle, c’est que j’ai réussi à « passer au-dessus » après avoir appelé « à l’aide » autour de moi. Des deux gars croisés au Café des Sports de Arzacq-Arraziguet, aux autres pèlerins rencontrés dans les gîtes qui ont suivi, des amis via Facebook ou le téléphone, tout y est passé! Merci à tous pour vos contributions!!!

 

Ce qui a aussi participé à me faire retrouver de l’énergie, c’est le paysage qui a changé depuis que je suis arrivée dans le Béarn il y a deux jours, et au Pays Basque surtout, hier. Enfin, le Chemin renoue avec des paysages fabuleux. En contre partie, il pleut, tous les jours, et plusieurs fois par jour. Mais ça ne dure pas, et ça ne suffit pas à tremper les pieds! Et même les pluies et orages que l’on voit arriver de loin sur les Pyrénées ne nous découragent pas. Au contraire : les nuages arrivent comme une couverture qui recouvre les sommets, sur le bleu du ciel. C’est très impressionnant, et les contrastes sont saisissants.

 

Avant l'orage.

Avant l’orage… Faut qu’j’me dépêche…

 

Après la pluie... Et avant la prochaine averse...

Après la pluie… Et avant la prochaine averse…

 

Ostabat, dernière étape avant Saint-Jean-Pied-de-Port.

Ostabat, dernière étape avant Saint-Jean-Pied-de-Port.

 

Ce soir, 20h30 (29/05/2016).

Ce soir, 20h30 (29/05/2016).

 

 

Dernière chose qui fait un bien fou au pèlerin (et m’a réchauffé le cœur), c’est l’esprit et le regard qu’on lui porte. Depuis deux jours, les gens que je croise en voiture saluent de la tête. Avant hier, alors que je traversais les champs de maïs en plein soleil, toute seule, à 15h (ça chauffait sévère!), certains m’ont encouragée. Le moindre robinet ou tuyau d’arrosage est fléché « eau potable » dans les jardins. Les habitants improvisent des accueils de pèlerins dans leurs garages ou leurs jardins. A la boulangerie, les clients nous interrogent : d’où on vient, depuis quand nous sommes partis, jusqu’où nous allons. Cette considération et cette place que les habitants nous font, fait un bien fou. Ça semble anodin, mais depuis 30 jours que je suis partie, c’est la première fois que je ressentais cette gentillesse et cette attention vis-à-vis du pèlerin. Et je ne suis pas la seule à les avoir remarquées.

Dans d’autres régions, il m’est arrivé qu’on me dise, dans un « accueil de pèlerins » (donc un lieu où on devrait être accueilli…), qu’il faut « consommer pour espérer avoir accès aux toilettes » (ce à quoi j’avais envie de répondre « désolée, je n’avais pas vu le panneau Paris à l’entrée »… No comment…). C’était après Cahors. Du côté de Moissac, c’est un énorme soupir d’agacement qui était « l’accueil ». Ce genre de petites choses contribuent aussi au sentiment d’être vagabond, étranger, presque marginal. Et depuis deux jours, on a l’impression qu’une petite place nous a été faite, qu’on nous reconnaît. Ça n’a l’air de rien, dit comme cela, mais c’est vraiment touchant et important pour les pèlerins, et sans doute pour moi en particulier. Nous sommes de passage, ici, mais il y a une forme de respect et de place pour ce que nous avons entrepris et ce que nous sommes, un peu vagabond, et surtout pèlerin.